17 oct. 2020

À Samuel Paty - GAUVAIN SERS, Le Monde

[À Samuel Paty]

Parait qu'on s'habitue
Aux larmes de la nation
Ce matin, j'me suis tu
Sous l'coup de l'émotion

Parait qu'on s'habitue
Quand l'infâme est légion
Tous ces hommes abattus
Pour les traits d'un crayon

Parait qu'on s'habitue
À défendre à tout prix
Les 3 mots qu'on a lu
Aux frontons des mairies

Parait qu'on s'habitue
Quand on manque de savoir
Par chance, on a tous eu
Un professeur d'Histoire

Parait qu'on s'habitue
À la pire barbarie
Mais jamais j'n'y ai cru
Et pas plus aujourd'hui

Parait qu'on s'habitue
Aux horreurs qu'on vit là
Mais l'innocent qu'on tue
Je ne m'habitue pas

Gauvain

« L'assassinat barbare de Samuel Paty m'a extrêmement choqué, comme beaucoup d'entre nous. Comment peut-on en arriver là ? Comment peut-on encore exécuter froidement un professeur d'histoire sur un trottoir du pays des Lumières au XXIème siècle ? J'ai eu besoin de prendre la plume. Fallait que ça sorte. Comme toujours quand les émotions débordent un peu trop. C'est ma manière à moi de m'exprimer. Si vous saviez comme je suis un orateur médiocre. Depuis toujours, je préfère les écrits. Et puis, si les mots peuvent servir de pansement par ci par là, c'est déjà ça de gagné. Hier soir, la famille de Samuel a demandé à ce que mon texte soit lu dans la cour de la Sorbonne pendant l'hommage national. Entre un texte de Jean-Jaurès et une lettre d'Albert Camus. Je ne vous cache pas que je me sentais tout petit. Je peux aussi vous dire qu'il a plu sur mes joues quand j'ai entendu Marie Cuirot, enseignante d'histoire-géographie et d'histoire des arts au lycée Jules-Ferry à Paris, déclamer mes quelques vers avec tellement de force et de fragilité dans la voix. Elle a su porter mes mots comme je n'aurais jamais su le faire en de telles circonstances. Vous savez mon respect infini et mon admiration totale pour les instituteurs, pour les professeurs, pour les enseignants. Pour les Marie, pour les Jean-Luc, pour les Samuel. Je leur dois ma passion d'écrire. Ma soif de tolérance et de liberté. Je leur dois tout. Nous leur devons tout.»






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire